Athées de gauche et Français de souche

fabb que dalle

© Les dessins de fabb

Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, le Front des non-croyants et des non-croyantes, autrement dit ce blog et la page Facebook du même nom, est d’orientation athée, mais aussi politique, bien que dans une moindre mesure. Nous défendons un athéisme de gauche, même si ça fait ricaner les gluons de la fachosphère. Il paraît même qu’on écrit « de gôche », depuis quelques temps, histoire de se faire poiler entre étrons xénophobes, haineusement anti-socialos. J’en passe aussi sur les « géniales trouvailles » de ces têtes de nœuds qui ont trouvé le truc pour avoir l’air malin et donner l’impression de briller en société : tu dis « égalité » ? Réponse des blaireaux : « Bisounours, va ! » Ou encore : « Ah, c’est bien un truc de bobo », ou encore : « Espèce de gauchiasse ». Variations sur le même thème : on serait des « moutons » qui rabâchent « la pensée unique ». On critique les religions ? « Oui, mais c’est surtout l’islam qui pose problème… l’islam et les musulmans, bien-sûr. Arriérés, barbares, tous terroristes en puissance. » Je vous raconte ça parce qu’à mon avis, il y a aussi des fachos athées. (Merci pour le scoop, coco !)

Grand bien leur fasse. Y a sûrement de la place pour eux, mais ailleurs.Restez donc entre Français et Françaises de souche, les saucissons-pinard. Notez qu’il y en a sans doute le pendant dans d’autres pays : la Belgique en est pourvue, je suis bien placé pour le savoir. Il suffit de voir l’emballement autour de soi-disant traditions, prétendument bafouées, comme cette ridicule histoire de croix sur la mitre de saint Nicolas, l’hiver dernier.

Quand nous, nous disons « Il n’y a pas de dieu », ça ne vaut pas QUE pour l’envappé de la religion musulmane, ça vaut pour toutes les charlataneries qui puent du culte. Et qu’on se rassure : personne parle des les faire interdire. La liberté de conscience, la liberté d’exercer une religion ou de ne pas en avoir sont indissociables de la liberté d’expression et du droit de critiquer, de tourner en dérision ou de se montrer irrévérencieux envers toute opinion, quelle qu’elle soit. Les gens ont des droits, pas les idées. Le musulman, ou le chrétien, ou le saindoux, qui me dit : « Vous nous manquez de respect ! » – je lui réponds : « Vas-y, lâche-toi, tu peux aussi critiquer l’athéisme, mais prépare tes arguments, on va pouvoir causer. » Et vous savez quoi ? Je veux bien causer avec qui on veut, même avec d’autoproclamés « français de souche », ou « françaises de souche ». Mais sachez-le, personne n’a été trompé sur la marchandise. La plupart des pages athées se disent ou se prétendent – et c’est un choix respectable – apolitique, non politique, etc. Bien-sûr, et c’est assez normal. Athée, ça va avec toutes les tendances politiques. Le Front des non-croyants et des non-croyantes l’a dit depuis le début : anar, libertaire, féministe, anti-homophobe, gauchiste, nostalgique de la Commune et… du front populaire !… Ben oui, voyez-vous, c’est pas parce qu’il y a le mot « front » qu’il faut faire la confusion avec le nom d’un vague parti de droite nationaliste.

Parole de bisounours !

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Le scandale de l’eau bénite

eau_baptemeD’après une équipe de chercheurs, l’eau bénite ne serait rien d’autre qu’un quelconque composé fortement minéralisé, dont la nature aqueuse serait déterminée par la présence dominante de la molécule H2O.

Un nouveau scandale risque de faire couler beaucoup d’encre dans les jours prochains. En effet, une équipe de chercheurs de l’Université d’Illoqqotoormiut (Groenland) a réalisé des prélèvements sur plusieurs personnes ayant été exposées récemment à l’aspersion d’eau bénite, ainsi que dans divers contenants dûment estampillés (flacons en plastique en forme de vierge Marie en provenance de Lourdes, Medjugorje et Banneux). Des échantillons provenant des bénitiers de divers édifices sacrés figurent également dans la liste des prélèvements étudiés.eau-benite-vierge-n-d-de-lourdes

Les conclusions des scientifiques sont sans appels : aucun de ces réceptacles ne contient d’eau bénite ! Il s’agirait en réalité d’un composé aqueux comprenant des molécules de type H2O ainsi que différents minéraux en proportions variables. Ce nouveau scandale éclabousse la réputation d’une institution déjà gravement entachée par les scandales et abus dans lesquels certains ministres du culte auraient trempé ces dernières années. Il se murmure en outre dans certains milieux autorisés que de nouvelles révélations pourraient bien éclater prochainement au grand jour, selon lesquelles le corps et le sang du Christ consacrés par la cérémonie de l’eucharistie ne seraient rien d’autre que du pain et du vin.

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Une croix sur la mitre du grand « saint »

Une diable de polémique a enflammé les réseaux sociaux en Belgique, à propos d’un petit dessin à colorier proposé, à titre de concours pour les petits n’enfants, par la mutualité socialiste Solidaris – sur le dessin, le grand « saint Nicolas » n’a plus de croix sur sa grosse mitre.
saint nicolas

La raison avancée par Solidaris : “N’exclure aucun enfant”

Du coup, la parole populeuse putassière se libère allègrement sur les réseaux sociaux. Tempête dans un pauvre verre d’eau (si au moins c’était un verre de Gin ou de Gevrey-Chambertin !…) « Pas touche à nos racines » – « Les socialistes veulent nous dépouiller de notre identité » – « On veut détruire nos traditions et nos coutumes »… et j’en passe. Voilà que dans mes contacts FB, j’en découvre des qui considèrent la crèche, la croix sur la mitre du grand « saint », les congés de « noël » (l’intitulé préconisé désormais étant « congés d’hiver ») comme faisant partie de « nos » traditions et qu’il faut les défendre contre… ben devinez un peu contre qui ? Contre quoi ? Contre l’islamisation de notre société, pardi !… Et le choix de la mutualité Solidaris aurait été dicté par le souhait, bien contraignant, de ne pas déplaire à la communauté musulmane… Sauf que les musulmans, cette histoire, ils s’en tamponnent le coquillard avec allégresse. Adressez-vous à une autre tête de Turc, en l’occurrence. Tiens oui, à propos : Nicolas de Myre, si je ne m’abuse, c’était un évêque

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Un évêque (celui de Pontoise), Stanislas Lalanne de son nom

turc. Et la croix sur sa grosse mitre (oui, je sais, je me répète mais je trouve l’expression irrésistible) ? N’est-ce pas le symbole d’un culte rendu à un prophète Juif au Moyen-Orient, avant de s’implanter bien plus tard en nos contrées celto-romaines ? Et pour en finir avec cette polémique, vous pouvez visualiser la coiffe d’un évêque jusqu’à vous en user la rétine : vous n’y verrez pas la moindre croix. En optant pour la solution consistant à rendre la mitre du « grand saint » plus neutre, l’idée était simplement de laisser la possibilité à un maximum d’enfants de participer au concours, toutes convictions confondues. Pas de christianophobie là-dessous, mais plutôt une conception de la laïcité, à la belge, qui s’efforce de demeurer inclusive, peut-être avec maladresse mais non sans une certaine cohérence.

Pour être sincère, je ne me sens pas du tout concerné par ce problème, et je m’en serais bien rapporté au susmentionné verre de Gin ou de Gevrey-Chambertin, en attendant que nous en soyons toutes et tous quitte de ces stupides fêtes de fin d’année et leur cortège de débordements consuméristes. Mais voilà, on semble avoir voulu m’inclure sans me consulter dans ces traditions auxquelles il serait question de ne pas toucher. Eh bien non. Ces traditions ne sont pas miennes. Quoique… J’en ai largement abusé encore enfant, puisque j’ai fait ma liste à saint Nicolas, mis le petit Jésus dans la crèche à Noël, été à la messe de minuit. J’ai longtemps cru que ce petit enfant blond entouré de parents de type nettement caucasien constituait une part de mon identité, de même que ce grand vieillard barbu qui arrivait de nulle part chaque 6 décembre pour distribuer bonbons et cadeaux aux enfants sages. Est-ce donc à dire que je renie ces moments ? Que je renie mon enfance crédule, sous prétexte que je suis devenu citoyen laïque, libre-penseur et profondément non-croyants ?
Oui et non. Ce que j’exècre par dessus tout, c’est qu’une tradition devienne une sorte de dogme inamovible. Or c’est le propre d’une tradition que de demeurer inchangée sous peine d’être dénaturée. En somme, la tradition, c’est un truc qui s’oppose au changement, à l’évolution, et qui pose des interdits. Si la tradition enferme, opprime, restreint les possibles, ou condamne, la transgresser est un devoir. Pour le coup, ici, les termes s’avèrent nettement disproportionnés. Pourquoi ? Parce que l’on parle de tradition, de coutume, de racines alors qu’il n’est question, en réalité, que de folklore. Et le folklore, qu’on y prenne bien garde : il n’a rien d’intemporel. Et surtout, il se compose d’origines diverses et variées, il puise à plusieurs sources, il emprunte à plusieurs racines. Celles et ceux qui voudraient revendiquer une « pureté » du folklore sont généralement des ignorants. Nicolas, évêque de Myre, en actuelle Turquie, Jésus de Nazareth, Juif né au Moyen-Orient… Nos racines, vraiment ? Pour ma part, je ne me reporte pas à mes racines ni à mes traditions pour faire valoir mon identité. Enfin si, en partie, du moins. Mon identité, je l’ai aussi construite à coups d’essais, d’erreurs, de renoncements, d’adhésions, d’enthousiasmes passagers ou durables, de colères et d’indignations, de rejets et de ralliements, et je la construis encore. En tout cas, je ne me sens pas atteint dans mon identité par le remplacement d’une croix par un petit cercle dans le chapeau d’un personnage folklorique, sur un dessin destiné à un concours de coloriage…
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Le « non » de la rose athée

cigareL’autre soir, je me retrouvais sur ce nouveau « Parvis des Gentils » que sont devenus les seuils  des demeures où fumeurs et fumeuses se réunissent désormais un peu fortuitement, à la demande élevée au rang d’exigence imprescriptible des personnes n’entretenant pas cette vilaine accoutumance. J’ai nommé le tabagisme. J’y croisai un certain Albert (nom fictif) , homme non dépourvu d’une certaine forme d’élégance sophistiquée, très sympathique au demeurant, je dirais : la courtoisie même ! Enfin, pour autant que je sache, car je ne le connaissais que pour l’avoir fréquenté une fois auparavant en ce même lieu où nous nous trouvions. Le prétexte qui nous réunissait, lui, moi et quelques autres, consiste en une manière de confrérie à vocation épisodiquement spéculative, dans une perspective de changement social, en faveur de plus d’égalité et de justice. Le défense et la promotion des valeurs de la laïcité y figurent au rang des principales figures imposées, la sobriété un peu moins. Nous passons des heures dans de profonds canapés, à deviser des affaires du monde, à fumer de spectaculaires cigares et à écluser de très vieux cognacs. Nous passions, devrais-je dire, puisque, désormais, la conversation et la consommation de spiritueux de parfois plus de vingt ans d’âge ne s’accompagnent plus, intra muros, des bouffées et volutes des pipes, cigares et autres cigarettes.fumeur

Ainsi étions-nous occupés, Albert et moi, à grelotter devant la porte d’entrée, perdus dans la contemplation de la voûte étoilée (comme c’est original), et appliqués à encrasser nos poumons de nicotine et de goudron. Albert m’avait fait part de ses soucis, lourds, de santé, de carrière et de cœur (au sens sentimental du terme). Comme nous avions sensiblement le même âge, l’empathie naquit facilement entre nous, et réciproquement ! Notre entretien, à ce stade, s’était borné à des considérations relativement personnelles, relevant plus de la psychologie de comptoir (pourtant bien éloigné de nous à cet instant-là, dois-je le redire ?) que de la philosophie première. Tout-à-coup, sans les sommations d’usage qui préludent à tout tournant métaphysique de n’importe quelle conversation entre êtres rationnels, voilà qu’il dit comme se parlant à lui-même : « Est-ce que je crois ? Oui, je crois bien qu’il y a un dieu. » S’extrayant le regard du vague où il s’était embourbé un moment, Albert me fit face et me demanda : « Et toi ? Tu crois que Dieu existe ? » Un peu embarrassé, je tirai d’abord une bouffée sur ma cigarette , j’inspirai, puis exhalai une belle nuée grise aux cieux. Quoi dire ? Aussi lui répondis-je, l’air désabusé du mec qui en a vu :

–  Pas du tout, mon vieux. Je pense d’ailleurs être plus athée que Karl Marx lui-même.

Devant sa mine perplexe, j’enchaînai :

– On n’a pas besoin de preuve pour ne pas croire. Je ne cherche dsmoke on black background‘ailleurs surtout pas à convaincre qui que ce soit. Et sûrement pas avec des « preuves », tu penses !… Bien-sûr il y a le discours scientifique qui permet d’expliquer, au moyen d’hypothèses, l’univers sans qu’il y ait besoin de l’intervention d’un démiurge créateur. Je pourrais faire partie des abonnés de Science & vie, suppose un peu, même si ça ne m’empêche pas de kiffer la poésie du whole universe. Sheldon Cooper, quoi, ou Stephen Hawking, ou Etienne Klein, sans préjudice pour les roses de Ronsard, et de Marcelline Desbordes-Valmore, ni pour l’Imitation de Notre-Dame la Lune de Jules Laforgue. Les sciences nous donnent une explication suffisante du monde, et quand l’explication fait défaut, c’est parce que la recherche doit encore progresser. Faut pas se bourrer le mou pour l’affaire, au contraire. C’est très beau ! Ça veut dire : ce n’est pas un système clos, définitif, immuable, auquel il faudrait se soumettre une fois pour toutes, comme une génisse qui se ferait marquer au fer. Dans cet ordre d’idée, disons que je me prononcerais en termes de probabilités, ce qui est la forme la plus raisonnable de l’épistémologie sceptique : il est peu probable que des textes vieux de plusieurs siècles, truffés d’incohérence et de contradictions, soient d’origine divine. Il est peu probable qu’un être immatériel, invisible, réputé inconnaissable, qui n’est nulle part et partout à la fois, mais qui soit comme un être personnel, doté d’une volonté, il est peu probable, dis-je, qu’un tel être existe. Ni qu’il ait créé tout ce qui est – la matière, le visible, le connaissable -, et encore moins qu’il ait accordé une attention toute particulière à une petite planète paumée parmi l’une des milliards de galaxies existantes, à des êtres bipèdes bien bêtes comme aussi parfois magnifiques. Ni qu’il se soit préoccupé de leur donner des prescriptions strictes quant à la manière de s’alimenter, de se laver, d’avoir des rapports sexuels (je crois bien avoir dit: « la façon dont ils baisent entre eux », mais j’ai peur de choquer ta sensibilité, toi qui lis, des fois que tu serais du genre à rougir à la lecture d’un mot un peu cru) et toute cette sorte de chose. Et encore plus hautement improbable qu’il ait désigné un peuple élu, guidé quarante ans dans le désert (là où, en quarante jours, l’affaire eût été pliée), qu’il ait engrossé par l’intermédiaire d’un ange – un dénommé Gabriel, il paraît – une petite vierge juive afin de se faire homme (certainement pas femme, tu parles un peu de la honte !…) tout en demeurant pleinement dieu. Ni, enfin, qu’il ait eu l’occasion de communiquer de nouvelles instructions à un commerçant caravanier arabique par l’intermédiaire de ce coquin d’archange Gabriel, encore lui, qui décidément semble bien faire figure de commissionnaire attitré du tout-puissant !

Mon discours dut être nettement moins verbeux. Mais quand je passe de l’oral à l’écrit, je me prends soudain pour Balzac plutôt que pour Giraudoux, c’est plus fort que moi. Et si ça te gêne, hésite pas : lis donc le Journal du Dimanche. A côté, je suis Nobel de littérature ! Mon cher Albert, pour médusé qu’il parût, me semblait néanmoins loin d’être consterné. Et pas tellement convaincu pour autant.

– Au fond, achevai-je, c’est bien joli toute cette argumentation mais pour tout dire, c’est encore bien d’avantage une sorte de conviction, d’expérience intime qui me confronte à l’absence de toute forme de transcendance. Rien d’irrationnel, à proprement parler, mais une espèce d’intuition.

Mon camarade écrasa son mégot dans le caniveau. Sans acrimonie, il me fit part de cette réflexion :

– A-thée, c’est une négation, quand-même. Le préfixe a- est privatif.  Non-croyant aussi. Est-ce qu’on peut se raccrocher à une conviction qui repose sur une notion négative ? Est-ce qu’on peut fonder sa vie sur un principe négatif, un refus, un rejet ?

– Dis, Albert, que je lui fis alors, comment tu appelles quelqu’un qui ne fume pas ?

– Un non-fumeur, je suppose… me répondit-il mi-figue mi-cynorhodon (le mot « cynorhodon » rapporte beaucoup plus de points que le mot « raisin », du moins au Scrabble).

– Pourtant, tout le monde naît non-fumeur, n’est-ce pas ? Notre condition positive d’humain, c’est de ne pas fumer. Mais étrangement, il n’y a pas vraiment de mot qui désigne positivement l’humain si l’on tient à tout prix à le définir dans son rapport d’affranchissement à la cigarette. cigarette-600x401

Le visage d’Albert s’est alors illuminé d’un large sourire. Sa main s’est abattue fraternellement sur mon épaule :

– Allez viens, je t’offre encore un pot !

La dernière chose qu’il m’ait dite, en arrivant au comptoir, c’est, si je me rappelle bien : « Oui mais, et le pourquoi de tout cela ? Sans dieu, il n’y a pas de réponse. » A quoi j’ai répondu, finaud comme tu sais :

– Eh bien sans l’homme, il n’y aurait pas de question ! Et certainement pas celle-là. Le « pourquoi » est un produit du cerveau humain, de notre pensée. Mais la nature est sans pourquoi. Mais la terre est sans pourquoi, le désert est sans pourquoi, le chien, la panthère, le lézard, l’oiseau sont sans pourquoi. L’arbre est sans pourquoi. Et la rose est sans pourquoi. Même que la dernière, je la tire d’un bouquin de mystique chrétienne, Le Pèlerin chérubinique, d’Angélus Silésius. (Alors oui, ça c’était placé pour faire genre « Z’avez vu l’étalage de la science de ma culture, les bourrins ? » – « Oui-da, messire, comme vous m’épatâtes ! »)

– Il faudrait donc vivre sans pourquoi ? m’ajouta-t-il les sourcils en un double arc plein cintre digne d’une nef d’église romane.

– Sans pourquoi, non. Sauf moyennant une sérieuse lobotomie du lobe frontal. Mais à tout le moins, on peut vivre en acceptant qu’il y ait plusieurs réponses possibles, voire qu’il n’y ait pas de réponse du tout.

– Bon, fit-il, il y a au moins une question à laquelle tu vas pouvoir me répondre. Qu’est-ce que tu bois ?

– Un Orval, mon camarade ! L’Orval, ce n’est pas une bière, c’est un art de vivre… !

orval

Depuis, je n’ai plus revu mon brave Albert. J’ignore si ses soucis personnels se sont arrangés. Ni comment il s’est accommodé de ses inquiétudes métaphysiques concernant l’existence ou non d’un grand barbu céleste. C’est à peu près à cette époque, en outre, que je me suis débarrassé de mon addiction à la cigarette. Enfin libéré de cette servitude, je profite donc du temps libéré à devoir sortir fumer pour picoler au bar un peu plus qu’auparavant. Aux beaux jours, je cultive des légumes et je soigne les roses de mon jardin. Et je ne trouve pas cela plus bête qu’autre chose.

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Quand bien même

A Raif Badawi, Waleed Aboulkhair, Ashraf Fayad, etc.

Il a fallu plaider : « Non, nous ne sommes pas
Ce que vous affirmez – athées ou apostats ! »
De nos bas-fonds pourtant vint cet « Et quand bien même ? »
Quand bien même serions-nous fauteurs de blasphèmes,

Quand bien même dirions-nous « Dieu n’existe pas ! »
Et ce sur tous les toits, comme un simple constat,
Quand bien même aurions-nous proféré en emblème
De tels propos, dites-nous quel est le problème ?

Au pire nous sommes donc des libres penseurs,
Ni plus ni moins, désireux de mettre en pratique
Le libre examen des énoncés dogmatiques,

Le droit de critiquer princes et gouverneurs –
Nous le dirons, l’écrirons, le ferons paraître,
Car nous priver d’écrire c’est nous priver d’être.

 

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L’affront

A Raif Badawi, Waleed Abu-Al-Khair, Ashraf Fayadh, etc.

En un mot comme cent, enferme-t-on Voltaire ?
En enfermant un homme, on ne le fait pas taire
Pour un seul dissident qui reçoit du bâton
Il en vient dix mille autres qui sur tous les tons

Relèveront l’affront dans tous leurs commentaires
Sous tous les cieux du monde et partout sur la terre
Sans relâche il faudra redire : Nous luttons
Nos armes sont dessins et vers de mirliton. –

Nous sommes dangereux  – des cloqueurs d’épilogues,
Des semeurs de discours, des trafiquants de blogues,
Des saboteurs d’odieux, des rogneurs de pouvoir –

Et solidaires donc… ! Qu’on touche à l’un des nôtres
Et c’est toute une caste en théorie d’apôtres
Qui entre en résistance et qui le fait savoir.

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Ce pays

A Raif Badawi, Waleed Abu-Al-Khair, Ashraf Fayadh, etc.

Ce pays où l’on fouette, où le pétrole humecte
Les carottes au bout de bâtons pour fieffés
Dirigeants politiques en mal de marchés,
Ce grand et beau pays, qu’est-ce qui s’y respecte ?

Là-bas les femmes sont résolument suspectes
De porter tous les vices de l’humanité,
Mais les hommes là-bas sont remplis de fierté
De bercer leur enfant, quel que soit leur dialecte

Il y en a de bons, il y en a d’infâmes
Comme partout ailleurs, on aime corps et âme
On déteste, on maudit, on croit au paradis

On craint dieu et qu’au cœur du peuple bientôt vibre
De toutes ses fibres l’espoir d’être enfin libre.
Hélas, ce pays-là, – l’oppression l’enlaidit.

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