Quand bien même

A Raif Badawi, Waleed Aboulkhair, Ashraf Fayad, etc.

Il a fallu plaider : « Non, nous ne sommes pas
Ce que vous affirmez – athées ou apostats ! »
De nos bas-fonds pourtant vint cet « Et quand bien même ? »
Quand bien même serions-nous fauteurs de blasphèmes,

Quand bien même dirions-nous « Dieu n’existe pas ! »
Et ce sur tous les toits, comme un simple constat,
Quand bien même aurions-nous proféré en emblème
De tels propos, dites-nous quel est le problème ?

Au pire nous sommes donc des libres penseurs,
Ni plus ni moins, désireux de mettre en pratique
Le libre examen des énoncés dogmatiques,

Le droit de critiquer princes et gouverneurs –
Nous le dirons, l’écrirons, le ferons paraître,
Car nous priver d’écrire c’est nous priver d’être.

 

Publié dans Droits humains, laïcité, libre-pensée, Uncategorized | Tagué , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

L’affront

A Raif Badawi, Waleed Abu-Al-Khair, Ashraf Fayadh, etc.

En un mot comme cent, enferme-t-on Voltaire ?
En enfermant un homme, on ne le fait pas taire
Pour un seul dissident qui reçoit du bâton
Il en vient dix mille autres qui sur tous les tons

Relèveront l’affront dans tous leurs commentaires
Sous tous les cieux du monde et partout sur la terre
Sans relâche il faudra redire : Nous luttons
Nos armes sont dessins et vers de mirliton. –

Nous sommes dangereux  – des cloqueurs d’épilogues,
Des semeurs de discours, des trafiquants de blogues,
Des saboteurs d’odieux, des rogneurs de pouvoir –

Et solidaires donc… ! Qu’on touche à l’un des nôtres
Et c’est toute une caste en théorie d’apôtres
Qui entre en résistance et qui le fait savoir.

Publié dans Droits humains, libre-pensée, Uncategorized | Tagué , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Ce pays

A Raif Badawi, Waleed Abu-Al-Khair, Ashraf Fayadh, etc.

Ce pays où l’on fouette, où le pétrole humecte
Les carottes au bout de bâtons pour fieffés
Dirigeants politiques en mal de marchés,
Ce grand et beau pays, qu’est-ce qui s’y respecte ?

Là-bas les femmes sont résolument suspectes
De porter tous les vices de l’humanité,
Mais les hommes là-bas sont remplis de fierté
De bercer leur enfant, quel que soit leur dialecte

Il y en a de bons, il y en a d’infâmes
Comme partout ailleurs, on aime corps et âme
On déteste, on maudit, on croit au paradis

On craint dieu et qu’au cœur du peuple bientôt vibre
De toutes ses fibres l’espoir d’être enfin libre.
Hélas, ce pays-là, – l’oppression l’enlaidit.

Publié dans conscience, Droits humains, liberté, libre-pensée, Uncategorized | Tagué , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Air de rien

Sur un air de rien, pas de poème aujourd’hui pour Ashraf Fayadh
Pas de vers, pas de rime
Toute lutte est morte et le goût de résister m’a déserté

Au fond de mon âme de cire molle un poids glisse
Fait d’air et de rien il s’enlise
Botte dans la fange enfoncée, déchaussée
Sabot sans maître clouté par un marteau sans tête et sans manche

Ciel, ta foudre pendouille du haut des nues comme une andouille
Tu pinailles pour trois mots mais biaises pour mille morts
Tandis que les puissants comme les larbins léchouillent tes abattis fumeux

Pas de vers, pas de rime
Sur un air de rien, pas de poème aujourd’hui pour Raif Badawi
L’écho ne renvoie rien, des cris meurent et grésillent
Inertes, avant l’extinction définitive
Poumons vomis de proclamer au vent l’exigence de désoublier les causes dissidentes

Pas de poème aujourd’hui pour Waleed Abu-Al-Khair
Pas de vers, pas de rime
Parce que tout porte à l’abandon
Tout porte à renoncer
Tout goûte un air de rien

Des voix dans le désert sanglotent, rabâchent, tempêtent
Elles coulent comme un torrent d’yeux de lézards morts parmi les lézardes d’un mur mouvant, tortueux – misérables décombres
Onduleux barreaux, serpents de la vie qui se dévide
L’air de rien

Pas de vers, pas de rime, pas de poème aujourd’hui
Pour aucun de ceux et celles en cellule, ou en proie aux traitements inhumains, cruels et dégradants, pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d’expression
Comme on dit dans les exhortations

Sur un air de rien
Je vais alpaguer une plume au vent
Extraire de ma moelle épinière une encre aux reflets d’engeance
Et tracer les lignes sur lesquelles funambule je divaguerai de plus belle
Aujourd’hui non
Mais après
Mais encore, et toujours

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Février

Des rêves et dérives

A Ensaf Haidar

safe_image L’épouse de Raif Badawi lors de la cérémonie de remise du prix Sakharov à son mari, prisonnier de conscience en Arabie saoudite

C’est février. Je pense à toi, Ensaf Haidar,
Sorte de Pénélope orientale éplorée
Mais digne, tellement, comme une ombre dorée.
C’est février. Je pense à toi dans le blizzard

De l’hiver canadien, saison froide ignorée
De tes contrées de sable et de soleil – hasard
De l’exil, agoni sous l’attente et le fard,
Le fard qui dissimule une angoisse abhorrée.

C’est février. Comme toi, j’attends le retour
Du printemps, des beaux jours, et des bonnes nouvelles
Qui fleuriront peut-être avec les hirondelles,

Dans un ciel affranchi des arrêts sans recours
Des tribunaux odieux qui au nom d’un dieu jugent,
Loin desquels la libre pensée cherche refuge. –

View original post

Publié dans conscience, Droits humains, liberté, Uncategorized | Tagué , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Lieu commun

Quel lieu commun de dire « une geôle putride »…
Lieu commun, vraiment ? Pour prisonniers peu communs,
Pas même de droit commun, pas même homicides –
Prisonniers de conscience, en deux mots comme en un.

Quel bien commun les suit, les poursuit, et les guide,
Ces rêveurs insoumis, ces hâbleurs importuns,
Dans la geôle putride où leur sort se dévide
Comme en un lieu commun pour d’autres et d’aucuns ?

Ces vaincus valeureux, ces enfermés sublimes,
Nous leur portons un toast en quelques pauvres rimes,
Pauvre rempart à leur châtiment inhumain –

Pauvres mots, frêle esquive à plaider nulle cause,
Au moins est-ce avoir fait un petit quelque chose,
Mais tellement sans risque, et tellement en vain.

 


Le poète et artiste palestinien Ashraf Fayadh a vu sa condamnation à mort annulée par untribunal saoudien et commuée en huit ans de prison et 800 coups de fouet. Cet homme est un prisonnier d’opinion.
http://www.rfi.fr/hebdo/20160205-arabie-saoudite-ashraf-fayad-artiste-blaspheme-apostasie

ashraf fayad

 

Raif Badawi est un écrivain et blogueur saoudien créateur en 2008 du site Free Saudi Liberals sur lequel il militait pour une libéralisation morale de l’Arabie saoudite. Accusé d’apostasie et d’insulte à l’islam, il est emprisonné depuis juin 2012. Il a été condamné à 1 000 coups de fouet et 10 années de prison. L’application de la sentence de flagellation a débuté le 9 janvier 2015, suscitant des protestations de plusieurs gouvernements puis de l’ONU. Les séances se sont interrompues momentanément mais Raif reste emprisonné à ce jour.

Raif-Badawi-2

 

Waleed Sami Abu al-Khair est un avocat saoudien et un militant des droits de l’homme qui dirige l’organisation Monitor of Human Rights in Saudi Arabia (MHRSA). Le 6 juillet 2014, il a été condamné à quinze ans de prison en Arabie saoudite par une cour criminelle spéciale.

Young Saudis Meet In Private To Voice Opinions

Publié dans conscience, Droits humains, liberté, religion, Uncategorized | Tagué , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

L’engeance

C’est la livraison du vendredi. Il était question, il y a à peine plus d’un an, que l’exécution de la sentence de flagellation de Raif Badawi (1000 coups de fouet, à raison de 50 par semaine, 20 semaines d’affilée) eût lieu chaque semaine avant ou après la prière du vendredi. La première séance s’est déroulée le 9 janvier 2015, suite à quoi, les autres ont depuis été suspendues en raison de l’état de santé du prisonnier de conscience Badawi. Un an et un mois, et deux grèves de la faim plus tard, Raif Badawi reste toujours emprisonné, de même que son beau-frère et avocat Waleed Abu-al-Khair. On ignore encore actuellement ce qu’il en est de l’exécution de la première séance de flagellation hebdomadaire du poète Ashraf Fayadh, également emprisonné, après que la peine de mort prononcée à son encontre en novembre dernier ait été commuée en une peine de 8 ans de prison et 800 coups de fouet. Et il y a d’autres prisonniers de conscience au royaume wahhabite, hélas. Comme ailleurs dans le monde au demeurant. Au nom de toutes celles et ceux qui sont emprisonnés pour avoir exprimé pacifiquement des idées dissidentes, chaque vendredi nous partageons un texte de notre collaborateur Chélidoine. Cette semaine, « L’engeance ».

Des rêves et dérives

A Ashraf Fayadh, Raif Badawi, Waleed Abulkhair, etc.

Que l’on censure à défaut d’encenser les poètes,
C’est une chose. Au fond, si quelques vers boiteux
Se font mettre aux index, ça fait partie du jeu.
A ce prix, pourquoi pas censurer telle enquête

Sur l’incrémentation des multiples de deux,
Tel récit oublieux, tel avis de tempête
Au mois d’août ? Cela ne me paraît pas plus bête
Que de jeter des livres interdits au feu.

Faut-il donc pour autant rosser les gens de lettres ?
Les fouetter ? Les marquer au fer rouge peut-être,
Tout ça pour des écrins, des écrans, des écrits ?

J’en appelle à la fronde et à la dissidence,
Aux nôtres qu’on enferme et qu’on juge une engeance –
Leur sang est un encens, leur réclusion un cri.

poète récompensé magritte Le poète récompensé – René Magritte (1956)

Pour la découverte du tableau de Magritte, merci à :
https://misquette.wordpress.com/tag/rene-magritte-le-poete-recompense/

View original post 188 mots de plus

Publié dans Droits humains, liberté, pluralisme, religion, Uncategorized | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire